Raoul Hausmann, une oeuvre assagie
- 7 avr. 2018
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L’exposition « Raoul Hausmann. Photographies 1927-1936 » s’intéresse à cet partie de son œuvre, restée longtemps méconnu et sous-estimé. Alors que son rôle majeur dans le courant Dadaïste berlinois a surtout été retenu, comprenant toute la dimension de ses assemblages, collages, photomontages et poèmes sonores, l’importance de la production photographique de Raoul Hausmann n’a été que récemment découverte. Et c’est sur plus de cent trente tirages d’époque que sont présentés les qualités photographiques de l’artiste, produit sur une période de dix ans.
Acteur majeur du dadaïsme à Berlin, ce photographe d'origine tchèque, né à Vienne en 1886 et mort à Limoges en 1971, marquera la sphère artistique du XXème siècle. Il est l’un des plus actifs protagoniste du mouvement Dada avec sa compagne Hannah Hôch et ses amis August Sander, Raoul Ubac, Laslo Moholy-Nagy.

Le triangle, 1931, Raoul Hausmann
Baigné dans un milieu culturel d’extrême-gauche à Berlin, sa vie sera marquée de fuites et d’exil. D’abord son exil de 1933, après avoir assisté à la montée du totalitarisme, celle du nazisme en Allemagne puis en Europe. Il sera alors considéré comme un « dégénéré » et devra quitter le pays. Puis en 1936, venu se réfugier dans la chaude île qu’est Ibiza, il sera contraint de fuir pour échapper aux franquistes. L’année suivante, il est expulsé de Suisse, dénoncé comme communiste. Il se cache alors dans le Limousin à partir de 1939 et y restera jusqu’à sa mort.
Sa vie, jalonnée de départs, se résumant à un « attrape-moi si tu peux » est aussi marqué par une véritable création photographique. Ses clichés pris à Berlin, de sa compagne Vera Broido, sont emprunts d’une telle douceur qu’on en viendrait presque à oublier le contexte historique dans lesquelles ces photos ont été prises. Ses photographies, en noir et blanc, faites au bord de la Mer du Nord, nous laisse voir un corps alangui au soleil, un tronc d’arbre sur la plage, photographié comme s’il il était vivant. Tous ces clichés se montrent en opposition à l’esthétique nazie et cherchent à transmettre une émotion.

Paysage de dunes, Raoul Hausmann
Refugié sur l’île d’Ibiza, il va s’intéressé à son architecture, et photographiés ses maisons, et ses murs, blanchi par le soleil noir d’Ibiza. « Ces maisons, fruits de siècles d’influences de tous les peuples de la Méditerranée (phéniciens, ibériques, carthaginois, romains, maures, catalans), parviennent à une pureté fonctionnelle, psycho morphologique, » disait-il. Ces maisons archaïques et paisibles tranchent avec son coté agitateur du Berlin des années 20, connu pour voir une personnalité aussi tumultueuse que complexe.

Maison paysanne (Can Rafal), 1934, Raoul Hausmann
Le style photographique de Raoul Hausmann, qu’il s’applique aux nus, aux paysages de bord de mer, aux plantes ou encore à l’architecture vernaculaire d’Ibiza, s’inscrit dans une opposition à la vision nazie. A mi-chemin entre les courants de la Nouvelle Objectivité et de la Nouvelle Vision, son travail vise une poésie de l’écart et du désordre face aux normes.
Cette autre facette largement méconnue de ses multiples talents fait découvrir un artiste contemplatif, en osmose avec la nature. Cinquante ans après sa mort Hausmann continue de surprendre.
« Raoul Hausmann, Photographies, 1927-1936 » Jeu de Paume. 1, place de la Concorde (VIIIe). Tél.: 01 47 03 12 50. Horaires: mar. (nocturne), de 11 à h 21 h; du mer. à dim. de 11 h à 19 h. Jusqu'au 20 mai.

















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