Women House, l'art au féminin
- 26 déc. 2017
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Une quarantaine de femmes artistes venues des cinq continents s’emparent de la Monnaie de Paris et mènent une réflexion sur le foyer, lieu des revendications féminines et artistiques dans une atmosphère très « girl power ».
Parce que les artistes femmes sont trop souvent restées dans l’ombre de leurs pairs masculins, ces « Desperates Housewives » des XXème et XXIème siècle nous livrent des œuvres chocs et contemporaines, et nous poussent à réfléchir sur le rôle de la femme au sein du foyer.
En association avec le National Museum of Women in the Arts de Washington, D.C. (le seul musée au monde entièrement dédié aux femmes artistes), l’exposition divisé sur huit chapitres, rend hommage à la femme en tant qu’artiste, trop souvent absente dans l’histoire de l’art.
La naissance d’un projet
C’est sous les directives de Miriam Schapio et Judith Chicago, que l’art contemporain au féminin a pu être mis à l’honneur au sein de la Monnaie de Paris. Le titre reprend celui de leur exposition Women House organisée en 1972 à Los Angeles, qui avait frappé les esprits de l’époque, marquant un tournant décisif dans l’histoire de l’art féministe.
L’exposition est à l’origine tiré du célèbre essai de Virginia Woolf, Une Chambre à soi, publié en 1929. Selon l’auteur, il était indispensable qu’une femme ait une chambre qu’on puisse "fermer à clé sans être dérangé[e]". Source d’inspiration donc, ou symbole d’enfermement, Women House retrace sur presqu’un siècle, les différents liens qu’on eu ces deux notions que sont le féminin et l’espace domestique.
Des « Desperates Housewives »

Une Nana de Niki de Saint Phalle dans la cour principale de la Monnaie de Paris.
Dès le début de l’exposition, une immense Nana, de la célèbre Niki de Saint Phalle, aux couleurs chatoyantes et dominantes, nous annonce la couleur et nous invite à entrer dans son cocon protecteur. Puis une série d’œuvres se font face, chacune résonnant comme un cri. A travers leurs œuvres, les femmes artistes parlent de l’appropriation de la femme sur la sphère domestique, à tel point que leurs murs deviennent « imprégnés de leur force créatrice», à l’image des peintures « femmes Maisons » de Louise Bourgeois, ou encore des « Nanas-Maisons » de Niki de Saint Phalle, ces femmes qui finissent par devenir l’architecture même de leur bâtisse. Entre enfermement et confinement, on ne sait si on doit rire ou pleurer tant l’humour est tranchée.
« Je veux sortir d’ici ! »
Women House compte aussi de nombreux films et performances, comme cette artiste qui grimpe sur les murs de son salon, comme si elle tentait de fuir son espace domestique, même sentiment d’emprisonnement avec l’artiste autrichienne Birgit Jurgenssen qui se photographie s’appuyant contre une vitre sur laquelle est écrit « Ich Mochte hier raus ! » (Je veux sortir d’ici !). De même lorsque le métal se décline en fer forgé comme cette géante théière de Joana Vasconcelos, qui évoque une prison.
Dans une des dernières salles, les femmes rêvent de leur intérieur : un mobil home avec un bain à remous d’Andréa Zittel, une maison de poupée ou encore une série de hutte en tissu qui illustre le besoin d’évasion et l’indépendance que réclamaient les femmes dans les années 70.
L'exposition se termine sur une touche optimiste, avec cette géante femelle de bronze, l’araignée monumentale de Louise Bourgeois, symbole de la puissance féminine. A la fois protectrice et menaçante, elle domine la dernière pièce, s’imposant comme maitresse de maison, enfermant dans ses pattes les visiteurs aventureux…

Spider, Louise Bourgeois, 1995.
La maison est ici mise sens dessus dessous par ces artistes femmes qui réussissent avec brio à nous témoigner de leur douleur à travers des œuvres qui interpellent : à la fois provocantes et humoristiques. Il ne leur reste plus qu’à avoir le courage d’abattre à coups de marteau les murs pour gagner cette liberté tant rêvée, à l’instar de Monica Bonvicini dans une vidéo de la fin des années 1990. Une exposition qui met en valeur la femme dans un domaine où elle a trop souvent été exclue, une évidence historique mais non une fatalité, voilà ce que veulent montrer ces 40 artistes des XXème et XXIème siècle.
Une exposition avec un parti pris féministe réussie, à la fois politique et poétique, qui montre l’évolution de la condition féminine et qui permet de constater le chemin parcouru… A voir de toute urgence.
L’exposition "Women House" s’installe du 20 octobre 2017 au 28 janvier 2018 à la Monnaie de Paris, 11, quai de Conti, 75006 PARIS Tél : 01 40 46 56 66

















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